---

Réindustrialiser pour rester libres

Partager cet article :

Par Amandine Rogeon

Longtemps, l’Europe a cru pouvoir reléguer certains mots au passé, à commencer par la souveraineté et la planification. Or, ils sont aujourd’hui au premier plan non pas par nostalgie, mais bien parce que nos démocraties redécouvrent que la liberté politique repose d'abord sur des capacités de production.

Pendant plusieurs décennies, l’Europe a accepté l’idée qu’elle pouvait “moins” produire ou faire produire ailleurs sans perdre en puissance. Sur le papier, produire loin semblait rationnel, importer paraissait moins coûteux et délocaliser devenait presque mécanique. Mais cette organisation reposait sur un pari : celui d’un monde durablement stable et coopératif. Nous sommes au regret de vous dire que cette séquence historique est maintenant close.

La production devient en réalité la condition matérielle de la démocratie.

Si l'on résume : la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines, la bataille mondiale autour des semi-conducteurs, les ruptures logistiques et les tensions énergétiques (rien que ça) ont longuement rappelé que les infrastructures économiques étaient aussi des instruments de puissance. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage par lequel transite près de 20% du pétrole mondial, a conduit 74 États à prendre des mesures d’urgence pour contenir le choc énergétique, selon le recensement du Grand Continent publié le 5 mai 2026.

Ce moment vécu comme un énième épisode géopolitique doit définitivement réveiller nos dirigeants. Parce que oui, quand un détroit maritime ferme et qu’une chaîne logistique se rompt, c'est la capacité des États démocratiques à agir qui se trouve fragilisée.

On a beaucoup assimilé le fait de produire à la création de richesse, mais cela va bien plus loin aujourd’hui puisqu'il s'agit de la garantie de notre capacité collective à nous chauffer (on se souvient des risques de coupure de courant pendant la guerre en Ukraine), à nous déplacer (le gouvernement coréen a appelé les citoyens à ne pas prendre la voiture un jour par semaine), nous nourrir, nous défendre et décider librement de nos priorités politiques.

La désindustrialisation française a affaibli notre capacité à agir

La désindustrialisation française s’est installée progressivement, voire presque silencieusement, avant d’apparaître dans toute sa gravité. Selon la Direction générale des entreprises, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB français est passée de 17% à 11% entre 1995 et 2017. Autour des grands bassins industriels s’étaient constitués des écosystèmes complets : sous-traitants, lycées professionnels, écoles techniques, infrastructures et par-dessus tout fierté ouvrière. Or, la fermeture de nos usines a nourri plusieurs fractures françaises : fracture entre les métropoles et les villes moyennes ; fracture entre l’économie de services qualifiés et les emplois détruits ; fracture entre le discours sur la souveraineté et la réalité concrète des dépendances de notre pays ; fracture, enfin, entre les promesses politiques et la capacité réelle de l’État à tenir ces promesses.

Quand une nation ne produit plus, il faut savoir qu’elle perd de façon progressive ses savoir-faire. Cela ne nous empêche pas de continuer à innover, mais nous sommes dans l'impossibilité d'industrialiser nos solutions puisque nous dépendons d'autres puissances pour rendre cela effectif. C’est cette dépendance qui est désormais visible dans des secteurs considérés comme essentiels (actifs pharmaceutiques, panneaux photovoltaïques, équipements médicaux etc).

Le XXIème siècle sera celui des puissances industrielles (décarbonées)

Les puissances dominantes du XXIème siècle seront celles qui parviendront à articuler trois impératifs. Les puissances dominantes du XXIe siècle seront celles qui parviendront à articuler trois impératifs : produire davantage ce qui est stratégique, produire autrement pour respecter les limites planétaires, et produire en Europe ou avec l’Europe pour sécuriser les chaînes de valeur critiques.

Cette ambition suppose de regarder l’énergie comme le cœur du sujet industriel car il n’y aura pas de souveraineté productive sans énergie abondante et bas carbone. Pour cela, nous avons besoin d’une ressource en électricité pilotable, de réseaux modernisés, d'une véritable capacité de stockage, sans oublier de régler la question de la cybersécurité énergétique.

L’année 2025 a confirmé l’ampleur de la mutation européenne : dans l’Union européenne, l’éolien et le solaire ont produit davantage d’électricité que les énergies fossiles pour la première fois, selon Ember, mais le même rapport souligne aussi les fragilités du système et notamment un recul de l’hydroélectricité et une remontée de la part du gaz dans le mix électrique européen à 16,7%.

Cette donnée est politiquement essentielle puisqu’elle démontre que la transition énergétique doit dépasser la logique de capacités installées. Autrement dit, un système énergétique se juge à sa capacité à fournir à tout moment une électricité abordable, décarbonée et compatible avec les besoins industriels. C’est ici que la France dispose d’un avantage stratégique car son socle nucléaire combiné au développement des renouvelables peut devenir le fondement d’une doctrine européenne de l’abondance énergétique décarbonée.

Pour une doctrine européenne de l’abondance énergétique

La France recommence à porter une doctrine prônant l’abondance énergétique décarbonée comme fondement de la souveraineté industrielle partout en Europe. Et que nous dit-elle en substance ? Cette doctrine repose d’abord sur la consolidation du parc nucléaire existant et sur l’accélération des nouveaux programmes. Le nucléaire constitue un avantage comparatif majeur pour attirer des activités fortement électrifiées comme l’hydrogène, la chimie bas carbone et les data centers. Mais cette stratégie ne peut pas se limiter au nucléaire, et on sait qu’elle suppose également de développer les renouvelables, les réseaux, les capacités de stockage et bien-sûr les infrastructures de cybersécurité essentielles à tout déploiement.

Le stockage devient à cet égard un enjeu industriel central. La Commission européenne rappelle que plusieurs études anticipent plus de 200 GW de capacités de stockage en Europe d’ici 2030, contre environ 89 GW en 2024, principalement issus du pompage hydraulique quand l’Aurora Energy Research anticipe, elle, une multiplication par près de cinq de la capacité européenne de batteries installées d’ici 2030. Le stockage est donc l’une des grandes batailles industrielles de la transition écologique et concerne aussi bien les batteries, que les métaux critiques, les systèmes de pilotage, les équipements de réseau et les capacités de recyclage.

N’en déplaise aux extrêmes, la stratégie énergétique industrielle que nous devons développer ne doit pas opposer souveraineté nationale et puissance européenne. La France a besoin de l’Europe pour peser dans la compétition mondiale tout comme l’Europe a besoin de la France pour disposer d’un socle énergétique et industriel crédible.

Réindustrialiser autour de six priorités stratégiques

La réindustrialisation devra concentrer les moyens publics et privés sur quelques priorités cohérentes et stratégiques. Rappelons à ce titre que la France dispose encore d’atouts considérables aujourd’hui, on pense notamment à notre recherche scientifique de haut niveau, à une tradition d’ingénierie que beaucoup nous envient avec des écoles de renom (X, Les Mines, Centrale), à une électricité relativement décarbonée, mais aussi des infrastructures solides, des champions industriels, des savoir-faire dans l’aéronautique, le spatial, le nucléaire, la santé, le luxe, les transports ou encore la défense.

La première des priorités est la santé.

La santé montre de la manière la plus concrète ce que signifie la perte de souveraineté productive. En 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recensé près de 5 000 signalements de ruptures ou de risques de rupture, dont 40% ont nécessité des mesures de gestion pour garantir la continuité des soins. Ces tensions touchent des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur : les antibiotiques, les traitements cardiovasculaires et les anticancéreux par exemple. Au pic de l’hiver 2022-2023, la DREES (Direction de recherche des études, de l’évaluation et des statistiques) estimait que les tensions d’approvisionnement avaient représenté jusqu’à 8 millions de boîtes manquantes par mois dans les officines.

Cette vulnérabilité s’explique aussi par la structure même des chaînes de valeur pharmaceutiques. Selon un rapport sénatorial datant de 2023, près de 80% des principes actifs sont désormais produits en Asie, et principalement en Chine et en Inde. Le cas de l’amoxicilline, qui a conduit l’ANSM à organiser des mesures spécifiques pour garantir l’accès aux formes pédiatriques, montre que la souveraineté sanitaire ne concerne pas seulement les traitements innovants ou les biotechnologies de pointe, mais aussi des médicaments peu chers et indispensables. La relocalisation du principe actif du paracétamol à Roussillon, portée par Seqens avec Sanofi et UPSA constitue un exemple utile. L’enjeu consiste désormais à bâtir une stratégie de long terme sur les molécules critiques, les médicaments vulnérables et les chaînes de production essentielles.

La France doit donc défendre une véritable politique industrielle du médicament articulée à l’échelle européenne. Le Critical Medicines Act proposé par la Commission européenne en 2025 va dans cette direction en reconnaissant que la disponibilité des médicaments critiques dépend de projets industriels stratégiques, articulés à une commande publique plus résiliente (achats coordonnés entre États membres) et à une réduction des dépendances à des fournisseurs uniques. C’est cette logique qu’il faut amplifier.

Les infrastructures électriques constituent la deuxième priorité stratégique.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles sont l’ossature matérielle de la transition écologique et de la réindustrialisation. L’électrification des usages et l’essor des véhicules électriques exigent des volumes considérables de transformateurs, de câbles et de postes électriques. En France, RTE (Réseau de transport d'électricité) estime que les investissements nécessaires dans le réseau de transport d’électricité atteindront environ 100 milliards d’euros sur la période 2025-2039. À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie alerte sur le fait que les délais d’approvisionnement pour les câbles et les grands transformateurs ont presque doublé depuis 2021.

On parle souvent des panneaux solaires, des éoliennes ou des réacteurs nucléaires et on parle beaucoup moins des convertisseurs et des capacités de maintenance sans lesquels aucune électricité ne circule correctement. Or ces équipements deviennent déjà des goulots d’étranglement. L’AIE indique qu’il faut désormais deux à trois ans pour obtenir certains câbles et jusqu’à quatre ans pour de grands transformateurs, avec des délais encore plus longs pour certains câbles à courant continu.

Il sera à l’avenir essentiel de planifier les besoins de réseau tout en soutenant naturellement les producteurs européens d’équipements électriques et en sécurisant les approvisionnements en composants critiques.

La défense, le spatial et la cybersécurité comme troisième priorité stratégique.

La guerre en Ukraine nous rappelle chaque jour qu’aucune autonomie politique durable n’existe sans base industrielle de défense capable de produire vite, en volume et d’adapter les capacités militaires aux retours du terrain. Les dépenses de défense des États membres de l’Union européenne ont atteint 343 milliards d’euros en 2024 et environ 381 milliards d’euros en 2025.

Il est important de se dire que la défense ne se limite plus aux armements conventionnels que l’on connaît, et intègre désormais les drones, les capteurs, les satellites, les communications sécurisées, la cybersécurité, les capacités de calcul, les données, les logiciels, les chaînes logistiques et les infrastructures critiques.

L’Union européenne a lancé EDIP, un programme de 1,5 milliard d’euros destiné à renforcer l’industrie européenne de défense et d’augmenter les capacités de production et sécuriser l’approvisionnement en équipements militaires. Le programme IRIS doit quant à lui fournir à l’Europe une connectivité satellitaire sécurisée pour les institutions gouvernementales. La cybersécurité complète ce continuum et ENISA rappelle que, dans le secteur de la santé, 45% des incidents analysés en 2024 relevaient de rançongiciels et 28% de violations de données. Une puissance démocratique se défend donc autant dans ses usines que dans ses satellites, ses serveurs, ses hôpitaux et ses réseaux, donc sur le champ civil comme militaire.

La France doit naturellement augmenter les budgets de défense mais aussi participer à reconstruire une profondeur productive européenne articulée autour des munitions, drones, capteurs, composants électroniques, communications sécurisées, satellites, cybersécurité des infrastructures critiques, capacités de réparation et chaînes d’approvisionnement robustes.

C’est cette logique qu’il faut amplifier grâce à des commandes pluriannuelles et à la mutualisation européenne des besoins, sans oublier la nécessaire constitution d’une base industrielle capable de produire dans la durée, et pas seulement d’acheter dans l’urgence comme cela est le cas aujourd’hui.

L’agriculture et l’alimentation : quatrième priorité stratégique.

La France demeure une grande puissance agricole mais cette force masque des vulnérabilités de plus en plus préoccupantes. Le rapport sur la souveraineté agricole et alimentaire de la France souligne que notre pays conserve une balance agroalimentaire globalement positive, mais qu’il souffre de dépendances importantes sur plusieurs intrants essentiels. A titre d’exemple, les protéines végétales destinées à l’alimentation animale restent largement importées, notamment du Brésil et d’Argentine, tandis que l’azote minéral dépend très fortement des importations.

Cette vulnérabilité s’explique par la structure même de nos chaînes alimentaires. L’agriculture repose sur les exploitations mais elle dépend aussi des semences et des engrais, de l’eau et son stockage, sans oublier la distribution. Raison pour laquelle la souveraineté alimentaire doit être pensée comme une chaîne industrielle complète (développement des légumineuses ; réduction de la dépendance aux engrais azotés importés ; production d’intrants décarbonés ; robotique agricole ; gestion de l’eau).

Focus sur les matériaux, métaux critiques et chaînes de recyclage.

Les véhicules électriques, les éoliennes, tout comme les panneaux solaires reposent sur des ressources rares : lithium, cuivre, nickel, cobalt, graphite, magnésium, gallium dont nous disposons en quantités minimes sur le territoire européen. Le Critical Raw Materials Act fixe ainsi des objectifs à horizon 2030 pour extraire dans l’Union au moins 10% de la consommation annuelle de matières premières stratégiques, en transformer au moins 40%, en recycler au moins 25%, et ne pas dépendre à plus de 65% d’un seul pays tiers pour une matière stratégique.

L’Europe pourra décider d’électrifier massivement ses usages et de développer les renouvelables mais elle ne pourra pas le faire sans sécuriser l’accès aux matériaux nécessaires. Or, le problème ici est à la fois minier et géopolitique. Il faut prendre garde à ce que l’Europe ne sorte pas d’une dépendance aux hydrocarbures pour entrer dans une nouvelle dépendance aux métaux critiques.

Faire de la commande publique un instrument de souveraineté

Avec l’Inflation Reduction Act, les États-Unis ont assumé une stratégie massive de soutien à leur industrie verte. Quant à la Chine, elle organise depuis plusieurs décennies sa puissance productive autour d’un capitalisme d’État couplée à une protection technologique dont nous sommes tous victimes et à une stratégie de maîtrise des chaînes critiques.

En Europe, nous conservons des marchés publics parmi les plus ouverts au monde. Les principes fondamentaux de la commande publique (égalité de traitement, transparence des procédures, liberté de soumissionner) constituent des acquis fondamentaux. Et pourtant, ils ne doivent pas empêcher l’Europe d’intégrer les enjeux de sécurité et de continuité d’approvisionnement dans les secteurs critiques.

Il est désormais temps de défendre une doctrine européenne d’achats stratégiques, qui devrait intégrer des critères d’autonomie stratégique basés sur la cybersécurité, des obligations de résilience des chaînes d’approvisionnement et des critères environnementaux pointus au sein des marchés publics.

L’objectif n’est pas de fermer les marchés publics européens, ni de dresser une frontière artificielle entre acteurs européens et non européens. Ce serait juridiquement fragile et inefficace. La puissance publique doit apprendre à regarder au-delà du prix facial dans les secteurs critiques selon les données traitées, les infrastructures concernées ou encore les dépendances créées car un achat public peut renforcer notre autonomie ou, au contraire, organiser notre vulnérabilité.

La commande publique est un levier d’action publique considérable dans le sens où les hôpitaux peuvent contribuer à reconstruire une souveraineté pharmaceutique et les infrastructures énergétiques inclure des exigences sur les composants critiques par exemple. Ici il ne s’agit pas de substituer la préférence au mérite, mais bien d’intégrer le coût réel de la dépendance dans la décision publique. Rappelons qu’un produit moins cher peut devenir beaucoup plus coûteux si sa chaîne d’approvisionnement est fragile, ou si sa production dépend d’une puissance hostile.

Réconcilier industrie, territoires et démocratie

Il est indispensable que la réindustrialisation redevienne un projet territorial, sans être pensé depuis Paris, Berlin ou Bruxelles comme ce fut le cas ces dernières années. Chaque implantation industrielle transforme un territoire puisqu’elle crée des emplois directs (mais aussi des emplois indirects), stabilise économiquement des centaines de foyers et redonne des perspectives à des jeunes qui ne se reconnaissent pas dans la promesse métropolitaine.

La France a le devoir de mettre sur pied de véritables zones stratégiques de réindustrialisation, en associant les lycées professionnels aux universités et centres de recherche, aux infrastructures énergétiques comme nous l’avons vu plus haut, mais aussi aux bailleurs, aux acteurs de la formation continue et aux investisseurs.

Propositions des Voies

Nous proposons en premier lieu d’adopter une stratégie nationale d'autonomie productive en identifiant les dépendances critiques de la France et de l’Europe dans la santé, l’énergie, l’alimentation, la défense, les matériaux et les équipements industriels. Cette cartographie existe déjà en partie, mais elle doit être accélérée et rendue opérationnelle.

Nous proposons de faire de l’abondance énergétique décarbonée une priorité nationale, en accélérant simultanément le nucléaire, les renouvelables, les réseaux, le stockage, les interconnexions et les logiciels de pilotage.

Nous proposons de porter au niveau européen une doctrine européenne d’achats stratégiques, permettant d’intégrer dans les marchés publics des critères de cybersécurité, de résilience, de réciprocité commerciale, de continuité d’approvisionnement et de responsabilité environnementale.

Nous proposons de lancer un plan européen du stockage et des réseaux électriques, afin de faire des batteries, transformateurs, câbles, bornes de recharge, systèmes de flexibilité et logiciels énergétiques une filière industrielle prioritaire.

Nous proposons enfin de réhabiliter les métiers industriels grâce à une stratégie de formation professionnelle basée sur la revalorisation des filières techniques et le rapprochement entre les lycées professionnels, les universités, les entreprises et les territoires.


Le XXIe siècle marque le retour des puissances industrielles. Et quoi qu’on en pense ou en dise dans les médias, l’Europe dispose encore d’atouts immenses. C’est le cas de son marché unique, des capacités industrielles puissantes (quand elle le décide) et d’un modèle social qui peut devenir un avantage s’il est adossé à une économie productive forte. Nous sommes convaincus que produire à nouveau est la clé pour reconstruire les conditions matérielles de notre liberté politique.