
Europe à la croisée des chemins : entre sursaut et fractures politiques
Edito de la Présidente des Voies
Chers membres des Voies, chers amis,
Les événements des deux dernières semaines ont été d’une gravité extrême. Ce qui se joue actuellement en Allemagne, en Ukraine et dans les équilibres transatlantiques dépasse de loin la seule actualité : c’est l’avenir même de l’Europe qui est en cause.
À quelques jours des élections parlementaires allemandes et alors que nous nous apprêtons à marquer le troisième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, notre responsabilité collective est immense. Il ne s’agit pas seulement de constater les fractures qui s’accentuent, mais d’être à la hauteur des défis historiques qui se posent à nous.
L’Union européenne est aujourd’hui prise en tenaille. D’un côté, des alliés d’hier se détournent ou renégocient les termes de leur engagement, comme en témoignent les négociations entre Washington et Moscou, menées sans l’Ukraine ni l’Europe. De l’autre, les forces populistes et nationalistes progressent, sapant les bases mêmes du projet européen.
Dans ce contexte, le débat national ne peut se contenter d’être une caisse de résonance des angoisses du moment. Il doit être à la hauteur, à deux niveaux.
D’abord, en matière de politique industrielle car une Europe dépendante, qu’il s’agisse de l’énergie, des technologies ou de la défense, est une Europe fragilisée. La souveraineté doit être une priorité absolue si nous voulons être en mesure d'agir plutôt que de subir. Mais cette souveraineté ne saurait se confondre avec un repli sur soi. Elle doit au contraire s’accompagner d’une capacité à tisser de nouvelles alliances et à diversifier nos partenariats. C’est de cette façon que nous renforcerons notre résilience et notre autonomie stratégique.
Puis, en matière de politiques au service des citoyens, car la déconnexion croissante entre les peuples et leurs institutions nourrit l’abstention, la désillusion et, par ricochet, la montée des extrêmes. La réponse ne peut être seulement technocratique ; elle doit être démocratique et sociale. Une Europe qui protège ne peut être une formule creuse. Elle doit se traduire par des engagements concrets en matière d’emploi, d’accès aux services publics et de transition écologique.
Les prochains jours seront déterminants. Ils nécessitent de la clarté, du courage et un engagement sans faille.
Amandine Rogeon
Sous la neige de Munich
L’avenir de notre continent s’est joué en partie Outre-Rhin cette semaine. Vendredi dernier, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité – rendez-vous annuel réunissant chefs d’État et grands décideurs – le vice-président américain J.D. Vance a prononcé un discours qui marquera sans doute un tournant pour l’Union européenne. Affichant un soutien explicite à l’extrême droite allemande et aux mouvements populistes dans leur ensemble, il a multiplié les parallèles entre l’Union européenne et l’Union soviétique, une rhétorique qui ne manque pas d’inquiéter quant à l’orientation future des relations transatlantiques.
De son côté, Volodomyr Zelensky prenait la parole sur cette même scène à quelques heures d'intervalle, pour appeler à la création d’une armée européenne, et pour exhorter les chefs d’Etat européens à prendre acte de la fin de la relation transatlantique.
Dans le même laps de temps, les États-Unis ont annoncé l’ouverture de négociations avec la Russie sans avoir consulté ni l’Ukraine, ni l’Union européenne. A quoi bon ? Ayant débuté ce lundi à Riyad, les discussions entre Russes et Américains n’incluent pour l’instant aucun représentant ukrainien. Donald Trump a par ailleurs accusé l’Ukraine d’être à l’origine de la guerre, et a appelé au remplacement du Président Ukrainien. Il apparaît donc à ce stade assez clairement que les États-Unis ne comptent pas poursuivre leur soutien auprès de l’Ukraine - pire encore, selon certains experts, les États-Unis souhaiteraient que l’Ukraine s’engage à leur fournir la moitié des terres-rares contenues sous son sol en remboursement de l’aide déjà apportée. On notera que cette réunion de “négociations” a été fixée après que la Russie a attaqué l’arche de Tchernobyl, qui protège le réacteur de la centrale nucléaire - et ce, dans l’indifférence la plus totale des États-Unis.
Face à la brutalité de ces derniers développements, la France a réuni quelques chefs d’États à Paris pour un sommet d’urgence ce lundi, espérant pousser ses alliés à un sursaut européen face à la Russie et aux États-Unis, notamment en matière d’armement et de coordination économique et diplomatique. Cette première rencontre n’a pu déboucher sur un consensus, mais de nouvelles échéances de discussions sont prévues cette semaine.
La question allemande doit néanmoins se poser. Quand bien même les chefs d’Etat européens arriveraient à un accord sur un plan d’action, il pourrait être remis en cause dès dimanche à l’occasion des élections parlementaires allemandes. Si le conservateur Friedrich Merz, plutôt en faveur d’une plus grande coordination en matière de Défense, apparaît comme favori, l’extrême droite allemande ne cesse de monter dans les sondages, portée par le débat actuel sur l’immigration, mais également par le soutien d’Elon Musk et de J.D. Vance.
Du point de vue des Etats
Déconnexion du réseau russe : la semaine dernière a quand-même vu arriver une bonne nouvelle : celle de la déconnexion du réseau électrique des pays baltes de celui de la Russie - au profit du réseau électrique de l’Union européenne. Ce processus, entamé de longue date, a été accéléré par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les pays baltes craignant, à juste titre, que cette dépendance à la Russie soit utilisée contre leurs intérêts.
Du côté de l’Autriche, la tentative de mise en place d’une coalition entre les conservateurs et l’extrême droite a officiellement échoué, notamment en raison d’une position radicalement opposée à l’Union européenne, ou encore de tentatives disproportionnées d’atteinte à la liberté de la presse. Le Président autrichien a, en conséquence, entamé un cycle de consultation des différents partis politiques afin d’identifier une voie de sortie à cette crise. Deux options sont sur la table : celle d’un gouvernement minoritaire, ou encore de nouvelles élections.
En Roumanie, le Président Klaus Iohannis a annoncé sa démission, devançant une motion de destitution portée par des parlementaires de l’opposition, afin d’éviter, selon lui, une crise citoyenne à grande ampleur. On se souvient en effet que la Cour Constitutionnelle roumaine avait fait le choix d’annuler le premier tour des élections présidentielles du 24 novembre 2024, sous fond de suspicions d’ingérences russes. Iohannis avait alors décidé de se maintenir en poste jusqu’aux prochaines élections, une décision contestée par les citoyens roumains qui sont descendus dans la rue à de nombreuses reprises depuis le début du mois de janvier. Il laisse la place à Ilie Bolojan, président du parti chrétien-démocrate PNL et président du Sénat roumain, jusqu’aux prochaines élections, prévues pour mai.