Élections municipales : un scrutin peut en cacher un autre
L’édito d’Amandine
Chères lectrices, chers lecteurs,
À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars prochains, nous faisons un pas de côté par rapport à notre programmation habituelle. Vous le savez, notre mouvement s’attache généralement à décrypter les évolutions politiques européennes et internationales qui façonnent notre avenir, mais certains scrutins imposent de revenir à l’échelle la plus concrète de la démocratie !
Car l’élection municipale est toujours un moment particulier dans la vie citoyenne française.
Elle est d’abord l’élection de la proximité. Celle où l’on choisit celles et ceux qui organiseront au quotidien la vie de nos territoires : l’école, la vie associative, l’accès aux soins, la sécurité ou encore l’aménagement de nos villes et de nos campagnes.
Et rappelons ici que le maire demeure la figure institutionnelle à laquelle les Français continuent d’accorder le plus de crédit.
Les élections municipales sont aussi, par nature, des scrutins révélateurs des équilibres politiques nationaux à venir. À un an de l’élection présidentielle de 2027, il s'agira d’un moment d’observation privilégié des dynamiques politiques qui traversent notre pays : recompositions partisanes, alliances locales, rapports de force territoriaux.
Regarder ces élections uniquement à travers un prisme national serait pourtant une erreur car le moment politique que nous traversons dépasse largement les frontières françaises.
La guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine entre dans sa quatrième année, le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase d’embrasement dont les conséquences restent incertaines, et partout ailleurs, les démocraties sont confrontées à une montée des tensions géopolitiques qui interrogent leur capacité à préserver leur liberté de décision.
Les dernières semaines ont illustré cette réalité avec une intensité particulière. À Davos comme lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, nous avons vu un théâtre diplomatique se déployer, révélant à cette occasion des lignes de fracture au sein même du camp occidental. Quand plusieurs pays européens (dont la France) appelaient à renforcer la capacité stratégique autonome du continent, dans le même temps, le secrétaire général de l’OTAN plaidait pour une intensification des relations avec l’administration Trump (si nous en doutions, oui, l’architecture de sécurité européenne reste encore largement dépendante de l’alliance transatlantique).
Malgré les tensions et les inquiétudes, l’attachement à la démocratie demeure bien enraciné sur notre continent. Il arrive même que nos voisins nous le rappellent avec plus de force que nous ne le faisons d’ailleurs nous-mêmes.
En Tchéquie, des manifestations importantes ont eu lieu en soutien au président de la République engagé dans un bras de fer institutionnel avec un nouveau Premier ministre issu de l’extrême droite. Au Portugal, l’élection présidentielle s’est soldée par une victoire très nette du social-démocrate António José Seguro face au candidat d’extrême droite André Ventura. Quand il le faut, nous savons nous battre.
Au sein des Voies, nous poursuivons un travail intellectuel et politique soutenu ! Nous avons notamment ouvert un nouveau cycle de réflexion consacré à la justice, un pilier essentiel de l’État de droit aujourd’hui trop souvent fragilisé dans le débat public. L’entretien que nous avons conduit avec l’avocate pénaliste Jade Dousselin apporte à cet égard des clés de compréhension précieuses sur la séquence actuelle de remise en cause de l’autorité judiciaire.
Dans le même esprit, nous continuions de nous nourrir de celles et ceux qui, sur le terrain, expérimentent concrètement les politiques publiques. Notre rencontre avec Catherine Trautmann, ancienne maire de Strasbourg, s’inscrit dans cette volonté.
Car préparer l’avenir politique de notre pays suppose de reconstruire patiemment une pensée politique capable de répondre aux défis de notre époque. C’est ce travail que nous poursuivons avec beaucoup de détermination.
Bonne lecture de cette newsletter signée comme d’habitude par l’excellente Alexandra Laffitte, à qui nous souhaitons un bienfaiteur retour.
Élire son maire en 2026 - guide pratique
Les 15 et 22 mars prochains, nous nous rendrons aux urnes afin d’élire les quelques 34 875 maires et innombrables membres de conseils municipaux qui, au quotidien, participeront à l’élaboration et au suivi des politiques publiques au niveau ultra local - et ce, jusqu’en 2033 - les prochaines élections ayant été reportées d’un an en raison des élections présidentielles de 2032. Alors, il s'agit de choisir, et de choisir bien - car ces élections façonneront notre quotidien local, mais sont également d’une importance fondamentale pour la politique nationale.
Etat des lieux du ressenti et des priorités des français
Commençons par le commencement : présent sur le terrain, mais également véritable pont entre les citoyens et citoyennes et les échelons départementaux, régionaux voire nationaux, le maire est la personnalité politique préférée des français.
Dans un pays où la confiance est au plus bas, seule une institution dépasse la barre des 50% de confiance selon une étude du CEVIPOF : le conseil municipal, avec 58% - loin devant l’Assemblée nationale, qui se situe à 20% ou encore le Gouvernement, à 17%. Par ailleurs, selon cette même étude, 79% des interrogés estiment que les collectivités locales devraient avoir plus de pouvoir face à l’Etat, et deux tiers se positionnent même en faveur d’une possibilité d’adapter les lois et normes nationales à l’échelle locale.
Dans une France en crise politique, les électeurs semblent ainsi vouloir se raccrocher à une politique de terrain et palpable - qui devra être à même de répondre à leurs priorités, que sont la sécurité, à 45% selon une étude ELABE, la fiscalité locale, à 39%, et l’accès aux soins, la santé à 34%. Il convient ici de souligner que la notion de sécurité est perçue par les français comme protéiforme - englobant également les notions de protection sociale ou encore d’écologie, ainsi que démontré par un rapport d’Antoine Bristielle pour l’Institut Terram.
De nouvelles règles du jeu pour certaines communes
Ces priorités devront être traduites par les différents candidats, qui doivent jongler avec une réforme récente des modes de scrutin.
Aussi, la parité des listes pour l’ensemble des communes est introduite pour la première fois, modifiant ainsi de manière drastique le fonctionnement des municipales dans les communes de moins de 1000 habitants. Là où, avant, quiconque pouvait se présenter en dehors des logiques de groupes de candidats, l’injonction de parité crée de facto l’obligation de créer au moins une liste par commune. Il s’agit là d’un réel défi démocratique pour les petites communes : alors que 49% des maires expliquent que les difficultés d’exercice du mandat les font hésiter à se représenter, ou encore font état de réelles difficultés budgétaires pour assurer convenablement l’exercice de leurs fonctions au service de la commune, difficile à priori de réussir à passer dans une logique de liste - et donc de groupe organisé de candidats.
Néanmoins, dans certaines communes, comme par exemple à Bréhat dans les Côtes d’Armor, plusieurs listes se sont créées - menant à près de 5% du nombre d’électeurs le nombre de candidats au rôle de maire ou de conseiller municipal. Pour vous donner une idée, en termes d’ordre de grandeur, cela correspondrait à plus de 2000 candidats dans une ville comme Colmar.
Du côté des très, très grandes communes que sont Paris, Lyon et Marseille, un nouveau mode de scrutin a été adopté récemment - prévoyant un vote par arrondissement, ainsi qu’un vote à l’échelle de la ville. Aussi, les électeurs pourront, à loisir, se prononcer en faveur d’une liste qu’ils jugent plus appropriée pour leur arrondissement, quitte à choisir une autre couleur politique pour déterminer la politique de la ville au global.
Des élections ultra locales à l’impact indéniablement national
Dernières élections avant les élections présidentielles de 2027, ces élections municipales se déroulent, vous le savez, dans un contexte politique particulièrement tendu. La structure de vote en deux tours, permettant ainsi des alliances dans la semaine séparant les deux élections permettra ainsi d’obtenir de précieux indicateurs pour les campagnes présidentielles : Les Républicains favoriseront-ils alors plutôt des alliances avec l’extrême droite ou avec Horizons au niveau local ? Combien d’alliances de fait entre le parti socialiste et la France Insoumise, quand bien même le divorce semble prononcé au niveau national ? Tant d’éléments qui affecteront non-seulement la stratégie des partis politiques en vue de remporter l’élection suprême, mais également les programmes des candidats en vue de répondre au mieux aux attentes perçues des électeurs.
Enfin, nous ne saurions parler des élections municipales sans penser aux élections sénatoriales de septembre prochain. En effet, ce deuxième poumon du parlementarisme français est renouvelé pour moitié tous les trois ans, et les sénateurs sont élus par un collège d’élus locaux, où les représentants de conseils municipaux représentent plus de 95% des votants. Aussi, et si dans de nombreuses communes les différentes listes ne sont pas directement affiliées à un parti politique, la coloration majoritaire des membres de chaque conseil municipal a un impact direct sur l’élection du sénateur de telle ou telle circonscription, ce qui ouvre la porte à une recomposition de fond des équilibres parlementaires au niveau national, par exemple dans le cas où un groupe du Rassemblement National devrait être créé, pour la première fois, au Sénat.
On le rappelle donc, les élections municipales sont toujours une bonne occasion de faire barrage aux extrêmes. Si vous pensez ne pas pouvoir voter les 15 et 22 mars prochains, vous avez encore tout juste le temps de faire établir une procuration, ce qui vous permettra d’agir de manière concrète pour votre quotidien au niveau local, et pour notre futur collectif au niveau national.