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Déserts médicaux : l’inaction n’est plus une option

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L’accès aux soins constitue aujourd’hui l’un des principaux sujets d’inquiétude des Français(1). D’après le Baromètre 2024 de l’IPSOS pour le Conseil économique, social et environnemental (CESE), la santé arrive en tête des préoccupations nationales. Ce constat reflète une réalité de terrain : se soigner devient un parcours du combattant, et ce dans de plus en plus de territoires, ruraux comme urbains, créant un sentiment d’injustice géographique et sociale.

Aujourd’hui près de sept millions de nos concitoyens n’ont plus de médecin traitant, les délais d’attente s’allongent, les refus de prise en charge se multiplient et les déserts médicaux s’étendent. Bien plus qu’un déséquilibre territorial, se joue une crise de confiance et d’égalité dans notre système de soins car l’accès aux soins n’est plus garanti par la seule appartenance à la collectivité nationale, mais dépend du code postal, du réseau local, ou encore du hasard.

Soyons lucides, il ne s’agit pas uniquement d’une mauvaise répartition des médecins, mais d’un manque structurel aggravé par des politiques publiques trop centralisées et descendantes, des autorités publiques vers les professionnels de santé, des professionnels de santé vers les citoyens, sans toujours tenir compte des réalités locales.

Au sein du mouvement Les Voies, nous avons une conviction : la santé est l’un de nos biens communs les plus précieux. Cela suppose de redonner aux citoyens leur rôle d’acteurs du système de santé, de reconnaître les soignants comme des gardiens du lien social, et de refonder la gouvernance sanitaire à partir des territoires. C’est dans cette alliance entre confiance, proximité et responsabilité que réside la clé d’un accès équitable et durable aux soins pour toutes les citoyennes et tous les citoyens.

L’essor des déserts médicaux : un enjeu de nombre plus que de répartition ?

L'essor des déserts médicaux est devenu l'un des défis majeurs du système de santé français. De plus en plus de territoires, particulièrement en zone rurale, se retrouvent avec une offre médicale insuffisante ou inexistante, créant de véritables zones blanches dans l'accès aux soins. Cette situation alarmante se reflète dans les chiffres : la moitié des Français dénonce un accès trop limité aux soins sur leur lieu de vie, une proportion qui atteint 59% dans les communes de moins de 20 000 habitants(2).

Selon l’Atlas de la démographie médicale 2024 du Conseil national de l’Ordre des médecins(3), la France compte environ 102 000 médecins généralistes en activité régulière. Si le nombre total de médecins progresse légèrement, la densité de généralistes reste inférieure à celle des années 2000, en raison des départs massifs à la retraite et du numerus clausus longtemps restrictif.D’après la DREES (2023), la densité moyenne de médecins(4) toutes spécialités confondues est de 3,3 pour 1 000 habitants, contre 3,7 en moyenne dans les pays de l’OCDE. Mais cette moyenne masque de fortes disparités car la densité médicale est inférieure de près de 30% dans les zones rurales par rapport aux grandes aires urbaines

Les conséquences sont mesurables, le délai médian pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste a ainsi doublé en cinq ans, passant de deux jours en 2018 à quatre jours en 2023(5), avec des situations bien plus critiques dans certains territoires. Cette fracture territoriale creuse les inégalités de santé : selon l’Association des maires ruraux de France (AMRF), les habitants des zones rurales isolées consomment 20% de soins hospitaliers de moins que les urbains, non par choix mais par contrainte d’accès(6). La comparaison internationale est tout aussi parlante : 72% des Néerlandais, 65% des Norvégiens et 47% des Allemands estiment qu’il est facile d’accéder à des soins médicaux le soir ou le week-end sans passer par les urgences, contre seulement 43% des Français(7).

À l'origine de cette fracture territoriale se trouve une crise démographique médicale profonde : en quinze ans, la France a perdu 13% de ses médecins généralistes en activité régulière(8). Cette hémorragie pousse à des solutions de fortune, comme le recours aux médecins retraités ou aux remplaçants, qui ne constituent pas une réponse pérenne. Et si le desserrement du numerus clausus laisse entrevoir une amélioration à terme, l'enjeu à court terme est moins celui de la répartition territoriale que de celui du nombre de médecins. Ainsi, dans le contexte de pénurie médicale généralisée que nous connaissons, la régulation des installations ne doit pas être un tabou, mais la contrainte sèche pourrait détourner encore davantage de médecins de l’exercice libéral. La régulation des installations peut être efficace dans un contexte de surabondance… mais nous en sommes très loin.

Mieux protéger nos soignants, c’est aussi renforcer l’attractivité des métiers. Trop souvent, les soignants sont exposés à des risques inacceptables lorsqu’ils agissent dans l’intérêt de leurs patients. En 2023, les violences contre les médecins ont augmenté de 27 % par rapport à l’année précédente, selon le Conseil National de l’Ordre des Médecins(9). La recrudescence des agressions physiques et verbales, notamment à la suite de signalements de maltraitance, met en lumière le manque de protection dont bénéficient les professionnels de santé et de l’enfance qui sont en première ligne pour défendre l'intérêt des enfants en danger. Il est urgent de renforcer les dispositifs de protection juridique et institutionnelle pour les soignants qui remplissent leur devoir de signalement dans le cadre de leur mission de protection de l’enfance. Retrouvez nos tribunes sur ce sujet dans Le Monde, Le Quotidien du Médecin, et France Bleu Limousin.

Le modèle du médecin traitant en danger ?

De plus en plus de Français ont des difficultés pour trouver un médecin traitant acceptant de les suivre car de nombreux médecins n’acceptent plus de nouveaux patients. Fin 2022, 12,2% de la population (soit 6,7 millions de personnes) était sans médecin traitant, dont 714 000 patients atteints d’une affection de longue durée. Face à ces situations, les patients multiplient les appels en raison de standards téléphoniques saturés, et des refus de rendez-vous, se tournent vers des solutions de prises en charge alternatives, ou font une croix sur des rendez-vous qui seraient pourtant nécessaires.

Cette situation reflète les dilemmes auxquels sont confrontés les médecins : accepter de nouveaux patients sans allonger les délais de prise de rendez-vous pour les patients nécessitant un suivi régulier. En 2022, ils étaient 65% à refuser des nouveaux patients en tant que médecin traitant(10).

Il faut réaliser que derrière les chiffres, ce sont souvent nos aînés et les personnes fragiles qui paient le prix fort.

C’est l’alerte sonnée par le Dr Paranque, Président de SOS Médecins : “ Dans cette crise diffuse, on oublie souvent de parler des personnes âgées, qui sont particulièrement vulnérables. Je constate chaque jour que beaucoup de nos seniors ne sont tout simplement plus suivis. Soit parce qu’ils n’ont plus de médecin traitant, et que plus personne n’accepte de les prendre en charge. Soit parce qu’ils ne peuvent plus se déplacer, et que leur médecin n’effectue pas de visite à domicile. Ce sont des situations de grande vulnérabilité, que la société peine à regarder en face(11). ”


Nos propositions pour renforcer l’accès aux soins

La crise de l’accès aux soins tient surtout aujourd'hui à l'affaiblissement du lien entre l’État, les soignants et les citoyens. L’action publique s’est souvent pensée d’en haut, les professionnels se sont épuisés sous la contrainte, et les Français ont fini par douter d’un système qu’ils considéraient pourtant comme l’un des plus justes au monde. Replacer les citoyennes et les citoyens au cœur du projet de santé publique, c’est aussi reconnaître que la démocratie sanitaire repose d’abord sur la confiance.

Pour cela, il faut renouer le dialogue entre les acteurs du système de santé et ceux qui en dépendent, en agissant sur plusieurs leviers complémentaires : développer des solutions locales au plus près des citoyens, valoriser le suivi médical en simplifiant les démarches pour libérer du temps médical utile, et en investissant dans la prévention.

Développer des solutions locales, au plus près des citoyens

En Allemagne, l’expérience de Gesundes Kinzigtal menée dans une vallée de la Forêt-Noire illustre l’intérêt d’un modèle local de soins intégrés centrés sur la population. Depuis 2006, ce dispositif associe médecins, hôpitaux, assurances maladie et acteurs locaux dans un contrat global de santé couvrant l’ensemble des habitants du territoire. L’objectif consiste à soigner bien sûr, mais surtout à prévenir et coordonner les prises en charge sur le long terme, avec une rémunération qui valorise les économies réalisées grâce à une meilleure santé de la population. Les résultats sont d’ailleurs probants : réduction des hospitalisations évitables, amélioration de l’état de santé général et implication active des patients. Cet exemple montre qu’il est possible, à l’échelle d’un territoire, de dépasser la logique de l’acte isolé pour mettre en place une stratégie collective de santé publique, articulant prévention, coordination et suivi des maladies chroniques(12).

En France, la mise en place des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) pour rassembler les médecins et les professionnels de santé (libéraux, hospitaliers, médico-sociaux voire sociaux) d’un même territoire a permis d’apporter des réponses pour améliorer localement l’accès aux soins des usagers et de mieux structurer les parcours de santé des patients. Par exemple, la CPTS Monts et Barrages en Haute-Vienne a mis en place un système permettant d’orienter les patients sans médecin traitant vers les professionnels du territoire, en répartissant la charge entre les différents médecins. Au sein des Voies, nous sommes convaincus que c’est à l’échelon local que les solutions doivent être trouvées et par les acteurs de terrain, tant les contextes locaux varient.

La mise en place d’un dispositif de « médecin vigie », en s’appuyant sur des acteurs comme SOS Médecins qui interviennent à domicile et rencontrent régulièrement des patients sans suivi médical adéquat, pourrait jouer un rôle clé. Concrètement, il s’agirait pour ces acteurs d’alerter les CPTS afin qu’une coordination locale puisse être organisée autour de ces patients. Cette proposition du Dr Paranque, pourrait ainsi permettre de construire une réponse collective : “ Ce dont nous manquons, ce n’est pas seulement de bras, mais de coordination. (...) C’est ce chaînon-là qu’il nous faut renforcer si nous voulons réhumaniser notre système de santé et garantir à chacun un accès digne aux soins(13).

Afin de renforcer l’efficacité de l’action des CPTS, nous proposons également de donner une place aux citoyens, qui pourraient être représentés par leurs élus locaux, ou participer directement aux échanges, afin qu’ils puissent faire remonter les enjeux de la population, et participer à l’élaboration de solutions. Remettre les citoyens au cœur du projet de santé publique, c’est les sensibiliser aux contraintes auxquelles nous sommes confrontés collectivement, les informer sur les bonnes pratiques, et les responsabiliser sur l’accès responsable aux soins.

Valoriser le suivi

Revaloriser le suivi médical dans notre système de santé est une nécessité pour améliorer la qualité des soins et la prévention, mais aussi pour renforcer la relation entre les citoyens et les professionnels de santé. Lutter contre les inégalités face à l’accès aux soins, c’est permettre à chaque citoyen d’avoir un médecin traitant, et donc de développer une relation directe avec un professionnel de santé en cas de besoin. Sans cela, notre système continuera de laisser sur le côté des personnes nécessitant un suivi médical, y compris les patients atteints de maladies chroniques.

Au Royaume-Uni, la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques est au cœur des politiques de santé du National Health Service (service national de santé, dit NHS). Un dispositif central de cette stratégie a longtemps été le Quality and Outcomes Framework (cadre de qualité et de résultats, dit QOF), un système de rémunération à la performance qui récompensait les médecins généralistes pour des interventions ciblées dans la gestion des affections de longue durée. Des études ont montré les effets positifs mais modestes du QOF sur la réduction des hospitalisations évitables ou l'amélioration de certains soins (comme le suivi du diabète), mais ce système a été critiqué pour ne pas encourager un suivi de qualité centré sur la globalité du patient ainsi que pour sa bureaucratie(14).

Inspirés par ces constats, nous proposons en France la création d’une consultation longue spécifique pour les patients en affection de longue durée (ALD), sur le modèle de la "visite longue". Mieux rémunérée, cette consultation permettrait de reconnaître pleinement le travail de fond du médecin traitant : suivi au long cours, coordination des soins, ajustement thérapeutique, et prise en compte globale de la situation du patient. Ce temps médical est crucial pour éviter les complications et les hospitalisations, et doit être étendu à tous les patients concernés par ce type de pathologie, sans critère d’âge. La création d’une consultation longue du médecin traitant pour les patients de plus de 80 ans est effective depuis le 1er janvier 2026(15) pour valoriser la prise en charge d’épisodes complexes et chronophages comme par exemple les sorties d’hospitalisation. Or, nous estimons que ce type de dispositif devrait être étendu à tous les patients en affection de longue durée, sans limitation d’âge.

Simplifier pour libérer du temps médical

Environ 20% du temps des médecins serait gaspillé par des consultations liées à des formalités administratives, excluant notamment les absences de patients(16).

Est-il vraiment raisonnable dans un système de santé sous tension comme le nôtre, que nos médecins passent une part non négligeable de leur temps à rédiger des certificats médicaux inutiles, des certificats pour enfants malades permettant aux parents salariés de justifier un arrêt de travail auprès de leur employeur, ou encore des arrêts de travail en cas de pathologies aiguës sans gravité (gastro, rhume, angine…) ?

L’une des propositions de la Cour des Comptes(17) consiste à permettre aux salariés de pouvoir auto-déclarer directement leurs arrêts de travail, quand ces derniers sont de très courte durée. Ce type de consultations est loin d’être marginal : une étude estime que la délivrance des certificats d’absence de courte durée auprès des employeurs représente 2,6 consultations par semaine et par médecin(18).

Les pratiques d'auto-déclaration pour les arrêts de travail courts existent dans des pays comme le Royaume-Uni ou le Québec et ont ainsi permis de réduire la charge sur les professionnels de santé. Toutefois, l’auto-déclaration présente des risques d’abus. Aussi, il serait intéressant de le tester dans le cadre d’expérimentations locales dans des territoires volontaires, avec une évaluation rigoureuse de l’impact de cette mesure tant au niveau des professionnels de santé,des patients, que des entreprises.

Comme nous l’expliquons dans notre note de février 2025, l’évaluation des politiques publiques est en effet un outil essentiel pour rétablir la confiance des citoyens et garantir l’efficacité des mesures qui sont prises.

La Cour des Comptes propose également la mise en place d’autres mécanismes de régulation qui pourraient être adoptés dans les entreprises ou leurs branches, voire au niveau national, avec par exemple l’établissement d’une durée de carence d’ordre public qui généraliserait une période minimale d’un ou deux jours réputés non indemnisables. L’auto-déclaration pourrait également être appliquée pour les consultations dont l’objectif est la délivrance d’un certificat permettant aux parents de justifier la demande d’un congé pour enfant malade(19).

Même combat pour les certificats médicaux, dont certains mobilisent le temps de nos médecins inutilement : demande de certificats pour l’inscription à un club d’échecs ou de pétanque, pour l’autorisation de l’utilisation d’une crème pour le change à la crèche, ou pour justifier le remboursement d’un repas à la cantine à la suite d’une absence. Selon le Collège de Médecine Générale (CMG), la suppression d’une seule de ces consultations absurdes par jour auprès de 60 000 médecins généralistes – à raison de 15,50 € indemnisés en part obligatoire – ferait économiser un million d’euros par jour à l’Assurance maladie(20).

Si la téléconsultation peut apporter une solution à certaines de ces difficultés, il est nécessaire d’en comprendre aussi les limites, afin que le développement de cette pratique ne se fasse pas au détriment du suivi médical. En 2021, sept téléconsultations sur dix concernaient des patients des grands pôles urbains(21).

La question du rôle de l'intelligence artificielle (IA) dans l'amélioration de l'accès aux soins soulève à la fois des espoirs et des interrogations légitimes. Si des solutions émergent pour alléger la charge administrative des médecins, comme l'automatisation de la prise de notes pendant les consultations(22), leur déploiement soulève des questions éthiques fondamentales. Selon une étude publiée en septembre 2024 dans le journal BMJ Health & Care Informatics(23), un médecin généraliste britannique sur cinq utilise régulièrement une intelligence artificielle générative lors de consultations, notamment pour l'aide au diagnostic. Si l'IA présente un potentiel certain pour améliorer l'efficacité des consultations et l'accès aux soins, son déploiement nécessite un cadre éthique et réglementaire robuste, garantissant à la fois la protection des patients et la préservation de la relation de confiance au cœur de l'exercice médical.

Investir dans la prévention et la sensibilisation

Dans un contexte de tension croissante sur notre système de santé, il est indispensable de mieux sensibiliser les citoyens et de leur redonner la parole, afin de limiter les recours évitables, garantir un meilleur accès aux soins pour tous, et préserver la qualité du suivi médical.

Cela commence tout d'abord par une stratégie active de prévention. Diminuer le nombre de consultations passe aussi… par une diminution du nombre de malades. Les infections respiratoires aiguës, comme la grippe, la bronchiolite ou encore la coqueluche, provoquent chaque hiver une saturation des cabinets et des services d’urgence. Pourtant, des outils existent pour endiguer cette pression : la vaccination, le port du masque en cas de symptômes, les gestes barrières, ou encore l’amélioration de la qualité de l’air dans les lieux clos, notamment dans les écoles ou les entreprises. Ce maillon est essentiel pour répondre à un autre enjeu clé : celui de la réforme du système des urgences en France (Voir notre note de mai 2025 sur ce sujet). À titre d'exemple, la participation aux dépistages organisés des cancers reste préoccupante : le taux de participation au dépistage du cancer colorectal n'atteint que 34,2% sur la période 2022/2023, un chiffre stable depuis 2020 mais bien en deçà du seuil européen acceptable fixé à 45%. Cette faible participation compromet l'efficacité des programmes de prévention qui pourraient pourtant contribuer à réduire l'incidence des cancers, tant par la détection de lésions précancéreuses que par le diagnostic précoce permettant de diminuer la mortalité.

Enfin, dans une société fragilisée par la défiance et la désinformation, promouvoir une culture scientifique forte est un levier démocratique. La défiance croissante vis-à-vis de la vaccination – un des piliers de notre système de santé pose question et appelle à renforcer le développement de notre culture scientifique. De nombreux partis populistes remettent d’ailleurs régulièrement en question la vaccination obligatoire, lui opposant le principe de la liberté de choix individuel, en dépit des risques pour la santé publique (relisez notre newsletter #8 sur ce sujet).

Dernier événement en date, la décision du gouvernement italien de Giorgia Meloni en décembre dernier de supprimer les amendes infligées aux personnes légalement obligées de se vacciner contre le virus du Covid-19 – notamment les professionnels de santé – et qui avaient refusé de le faire, une obligation jugée « illégitime et non scientifique » par le gouvernement(24). Dans ce contexte, sensibiliser la population dès le plus jeune âge aux enjeux de santé publique, à l’importance de la preuve scientifique et à la responsabilité collective, est un impératif citoyen. C’est aussi un rempart essentiel contre la désinformation médicale et les dérives politiques mettant en péril les fondements de notre système de santé solidaire.


La crise actuelle des déserts médicaux n’est pas une fatalité. Elle est le symptôme d’un modèle de santé à bout de souffle, conçu pour une époque révolue, et qui peine aujourd’hui à répondre aux besoins de la population. Pour en sortir, il faut changer de paradigme. Redonner du sens à la médecine de proximité, renforcer le lien entre soignants et patients, alléger la pression administrative, protéger ceux qui soignent, et surtout replacer les citoyens au cœur des politiques de santé : voilà les conditions d’une refondation durable.

Les chiffres sont alarmants – 7 millions de Français sans médecin traitant, 13% de généralistes en moins en 15 ans – mais ils peuvent devenir les moteurs d’un sursaut. Car dans un pays qui a fait de la solidarité l’un des piliers de son modèle social, laisser s’installer une médecine à deux vitesses, c’est renoncer à une promesse républicaine : celle de l’égalité d’accès aux soins, partout, pour tous.

C’est en mobilisant les professionnels, les élus, et surtout les citoyens eux-mêmes, que nous pourrons bâtir un système plus juste, plus résilient, et plus humain.





(1) La santé constitue un des trois principaux sujets de préoccupations pour 40% des français, en faisant le sujet le plus souvent cité. Source : La santé, le principal sujet de préoccupation majeur des français, d’après le Baromètre Etat de la France 2024 IPSOS pour le CESE.

(2) Baromètre Etat de la France 2024 IPSOS pour le CESE

(3) https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/external-package/analyse_etude/nn4fmo/cnom_atlas_demographie_2024_-_tome_1.pdf

(4) https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse/250728_CP-demographie-des-professionnels-de-sante?

(5) “L'organisation territoriale des soins de premier secours”, rapport de la Cour des comptes (2024). Disponible ici.

(6) “Etude santé : Le recours aux soins hospitaliers”, AMRF. Disponible ici.

(7) Etude du Commonwealth Fund réalisée auprès de plus de 100 000 patients dans 11 pays différents.

(8) Atlas de la démographie médicale 2025, Conseil national de l’Ordre des médecins (2025). Disponible ici.

(9) Observatoire de la sécurité des médecins 2023, Conseil National de l’Ordre des Médecins (2024). Disponible ici: https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/external-package/analyse_etude/6g2wqz/cnom_observatoire_securite_2023.pdf

(10) “L'organisation territoriale des soins de premier secours”, rapport de la Cour des comptes (2024). Disponible ici.

(11) “Faut-il réguler l’accès aux urgences ? Le Dr. Paranque alerte sur les abus et le besoin de réformer notre système de santé”, Les Voies (août 2025). Disponible ici.

(12) “Healthy Kinzigtal Germany”, 2017. Disponible ici.

(13) “Faut-il réguler l’accès aux urgences ? Le Dr. Paranque alerte sur les abus et le besoin de réformer notre système de santé”, Les Voies (août 2025). Disponible ici.

(14) Forbes LJ, Marchand C, Doran T, Peckham S. The role of the Quality and Outcomes Framework in the care of long-term conditions: a systematic review. Br J Gen Pract. (2017). Disponible ici.

(15) Suite à la signature de la convention médicale de juin 2024 entre l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam), l’Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie (Unocam) et cinq des six syndicats représentatifs des médecins libéraux.

(16) “L'organisation territoriale des soins de premier secours”, rapport de la Cour des comptes (2024). Disponible ici.

(17) “L'organisation territoriale des soins de premier secours”, rapport de la Cour des comptes (2024). Disponible ici.

(18) Etude menée par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de l’Erdre, en Loire-Atlantique en janvier 2023.

(19) En France, un salarié dont l’enfant est malade peut demander un congé pour maladie d’un enfant ; ce congé est non rémunéré, et limité à 3 jours par an (5 jours lorsque le salarié a trois enfants à charge).

(20) Communiqué : “Le Collège de Médecine Générale (CMG) lance une action contre les « certificats médicaux absurdes »”. Disponible ici.

(21) J. Kamionka, M. Bergeat, Sept téléconsultations de médecine générale sur dix concernent des patients des grands pôles urbains en 2021, Études et résultats n° 1249, DREES, décembre 2022. Disponible ici.

(22) “Intelligence artificielle : Doctolib lance l’Assistant de consultation” (2024). Disponible ici.

(23) “Generative artificial intelligence in primary care: an online survey of UK general practitioners”, BMJ Health & Care Informatics (2024). Disponible ici.

(24) “Un journal italien s'attaque aux vaccins anti-Covid”, France Soir (12 décembre 2024). Disponible ici.